Contre l’instrumentalisation des luttes féministes, l’avocate Chirinne Ardakani prend position dans une tribune publiée dans Le Monde. Elle dénonce la manœuvre rhétorique consistant à célébrer le courage des femmes iraniennes du mouvement Femme, vie, liberté pour légitimer en Europe des mesures visant les femmes portant le voile dans l’espace public. Ardakani qualifie cette approche d’intellectuellement malhonnête, estimant que le recours à la symbolique d’une contestation étrangère sert des objectifs politiques nationaux distincts.
Dans son texte, l’avocate met en lumière la tension entre la défense des droits des femmes et l’usage partisan de ces mêmes revendications. Elle souligne que le discours déployé par l’extrême droite transforme une colère sociale et politique venue d’Iran en argument en faveur de restrictions au nom de la laïcité et de la sécurité, sans prendre en compte la réalité et la diversité des situations vécues par les femmes concernées en France.
La tribune attire l’attention sur les conséquences concrètes de cette rhétorique : stigmatisation, renforcement des polarités et risque d’affaiblissement des solidarités féminines transnationales. Pour Ardakani, instrumentaliser un mouvement de libération contre un régime répressif ne peut justifier des politiques internes qui ciblent une catégorie de personnes en raison de leur pratique religieuse ou de leur tenue vestimentaire. Elle invite ainsi à distinguer le soutien aux revendications de liberté à l’international des choix législatifs nationaux.
En conclusion, l’appel de l’avocate vise à recentrer le débat public sur la cohérence des arguments et le respect des luttes autonomes. La mise en garde formulée dans la tribune rappelle que la défense des droits des femmes mérite d’être protégée contre toute récupération politique, et que les discussions sur le féminisme et la laïcité exigent une analyse rigoureuse plutôt qu’une rhétorique de circonstance.



