Dans les affaires de violences sexuelles, la presse sportive continue de distinguer l’homme du champion

Livre. « La zone d’impunité n’est ni un territoire géographique ni un vide juridique. Elle est un espace symbolique et discursif où les mots se dérobent, où la gravité des actes se dilue, où la responsabilité se disperse. » Cet espace, arpenté dans La Zone d’impunité. Critique du traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles dans le sport (Hugo Doc), fourmille de noms capables d’allumer des étoiles dans le regard de ceux à qui ils sont familiers : le footballeur Benjamin Mendy, les rugbymen Oscar Jégou et Hugo Auradou, le navigateur Kevin Escoffier… pour ne citer que quelques exemples français. Ces sportifs de haut niveau ont eu à répondre récemment d’accusations d’agressions sexuelles, de tentatives de viol ou encore de viols, pour le plus grand embarras des journalistes (des hommes, très majoritairement) habitués à célébrer leurs exploits.

Le constat que dressent Mejdaline Mhiri et Clothilde Le Coz est consternant : près de dix ans après les débuts du mouvement MeToo, les récits médiatiques des violences sexistes et sexuelles attribuées aux athlètes de premier plan pèchent par un amateurisme rétrograde coupable. Combien d’enquêtes semblent en effet reposer sur le postulat que les prouesses d’un champion rendent improbable, ou moins grave, la commission de viols ou d’agressions sur des épouses, des compagnes ou des partenaires d’un soir ? Combien de formulations donnent à penser que sans les accusations portées par des victimes, la carrière d’un sportif serait sans accroc, alors que ce sont les violences qu’il a commises qui font tache dans le palmarès ? En résumé, combien d’articles distinguent encore l’homme du sportif ?

Le pari de la pédagogie

Un exemple, parmi d’autres, fait particulièrement frémir : la révélation, publiée en octobre 2024 par L’Equipe Magazine, des agressions sexuelles répétées subies par une karatéka mineure de la part de son entraîneur de plus de trente ans son aîné. L’article, racontent les autrices, faisait état d’« une relation secrète » entre l’athlète de 13 ans et son prétendu « père de substitution », sans jamais interroger la position d’autorité du coach, ni désigner l’emprise qu’il exerçait sur elle. Notons toutefois que si le journal L’Equipe est souvent cité, c’est avant tout parce qu’il est le seul quotidien sportif. Car quelles que soient les rédactions, les mêmes travers se répètent : la parole est souvent donnée au présumé agresseur, mais jamais aux victimes ; celui-ci fait toujours preuve de résilience (« il a eu des résultats, malgré la tourmente et les polémiques », un mot par ailleurs trop vague pour être honnête) ; le terme « féminicide » est complètement ignoré, etc.

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Source:

www.lemonde.fr

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