Leur méthode est inspirée par ce qui se fait déjà avec des anticorps couplés à des médicaments : l’anticorps reconnaît une protéine de la cellule cancéreuse et s’y accroche, libérant le médicament. Mais ces anticorps sont trop gros et peinent à pénétrer les tumeurs. C’est pourquoi les chercheurs ont pensé à l’ADN, bien plus petit.
Pour cela, ils utilisent des molécules courtes d’ADN en forme d’épingles à cheveux, où un même brin d’ADN s’associe à lui-même. À leurs extrémités, ces structures sont couplées à deux autres molécules : d’un côté, une petite protéine qui a de l’affinité pour une protéine des cellules ciblées, et de l’autre, un médicament anticancéreux.
Un système d’identification à deux facteurs pour attaquer uniquement les cellules ciblées
Ces structures en épingles à cheveux restent fermées le long du voyage, et s’ouvrent seulement lorsqu’elles rencontrent une autre molécule d’ADN compatible. C’est ainsi que les chercheurs s’assurent d’attaquer uniquement les cellules tumorales : chaque structure d’ADN est couplée à une protéine d’affinité différente, les deux reconnaissent des protéines fabriquées seulement par les cellules cancéreuses. Si une seule des protéines est présente, une seule structure d’ADN va s’y coller et ne s’ouvrira pas.
Mais si la cellule possède les deux protéines, elle est reconnue par les deux structures, qui seront à proximité et vont donc interagir, ouvrant les structures en épingles à cheveux. Leur hybridation entraîne une réaction en chaîne et donc le relâchement des médicaments à l’intérieur des cellules ciblées, les tuant. Cette haute spécificité a été testée avec succès au laboratoire sur des cellules tumorales humaines.
Un dispositif polyvalent et personnalisable
Puisqu’il y a deux structures d’ADN, il est possible d’utiliser deux médicaments différents simultanément, un sur chaque structure. Ce coup double améliore grandement l’efficacité du traitement, augmentant la cytotoxicité des cellules tumorales. Cette approche permet ainsi de faire différentes combinaisons de protéines d’affinité, afin de reconnaître des cellules spécifiques, mais aussi des médicaments, pour adapter la stratégie pharmaceutique aux spécificités de chaque cancer. “Cela pourrait constituer une avancée majeure dans l’évolution de la médecine, avec l’introduction de médicaments autonomes, avance Nicolas Winssinger, directeur de l’étude, dans un communiqué. La nouveauté ici est que la substance peut elle-même répondre de façon intelligente à des signaux biologiques. » Il faut néanmoins que cette nouvelle approche soit confirmée par d’autres études, afin de savoir si, en effet, ces médicaments « intelligents », qui ont besoin de deux « mots de passe » pour être activés, vont révolutionner ou pas la médecine.
Source:
www.sciencesetavenir.fr



