Bruxelles / Ottawa – Un dossier particulièrement sensible, désormais porté devant les autorités canadiennes et belges, met en cause des ressortissants liés à la République démocratique du Congo (RDC) dans des faits présumés de violations graves des droits humains, de corruption et de tentatives d’ingérence dans des procédures judiciaires en Europe.
À l’origine de cette affaire, une plainte formelle déposée par un collectif de 33 organisations de la société civile congolaise, menée notamment par Palmer Kabeya et Victor Tesongo. Cette plainte vise deux ressortissants canadiens, Lisette Kabanga et Jean-Claude Bukasa, présentés dans les documents comme liés à des structures opérant dans le champ sécuritaire et politique congolais, notamment un dispositif décrit comme un « Conseil national de cyberdéfense ».
Selon les éléments transmis, ces structures seraient impliquées dans des actions dirigées contre des opposants politiques, des journalistes et des activistes, incluant des faits présumés d’intimidation, de harcèlement et de violences, y compris sous forme numérique. Les plaignants évoquent explicitement une stratégie visant à restreindre la liberté d’expression et à neutraliser certaines voix critiques, en violation du droit canadien et des conventions internationales ratifiées par le Canada.
La plainte s’appuie sur un cadre juridique précis, faisant référence notamment à la Charte canadienne des droits et libertés — en particulier les dispositions relatives à la liberté d’expression, à la sécurité de la personne et à l’égalité — ainsi qu’au Code criminel canadien, en matière d’infractions contre la personne, de harcèlement criminel et d’incitation à la violence.
Dans une réponse officielle datée du 10 février 2026, le Programme canadien sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre, relevant du ministère de la Justice du Canada, confirme avoir reçu ces éléments et précise que toute allégation de crimes graves, y compris les crimes contre l’humanité, est examinée avec sérieux. Le programme rappelle également que les autorités canadiennes peuvent agir à l’encontre de toute personne présente sur leur territoire ou relevant de leur juridiction, indépendamment du lieu où les faits auraient été commis.
Mais c’est en Belgique que le dossier prend une dimension particulièrement critique. Une lettre adressée au parquet fédéral met en cause la récente visite de responsables politiques et judiciaires congolais, notamment le ministre de la Justice et le procureur général de la RDC. Selon les plaignants, cette visite ne saurait être dissociée des enquêtes en cours visant des réseaux proches du pouvoir congolais, en particulier dans l’entourage du président Félix Tshisekedi.
Les auteurs de la plainte évoquent une tentative manifeste d’entrave à la justice, estimant que certaines démarches diplomatiques pourraient viser à influencer ou perturber des procédures sensibles en cours en Belgique. Ils dénoncent également l’existence d’un système structuré d’obstruction judiciaire, impliquant des responsables congolais accusés de corruption, de détournement de fonds publics et de manipulation des institutions judiciaires.
Les documents mentionnent notamment des soupçons de blanchiment d’argent à l’international, ainsi que l’acquisition de biens immobiliers en Europe à partir de fonds présumés issus du trésor public congolais. Ils évoquent également une dégradation profonde de l’État de droit en RDC, marquée par des arrestations arbitraires, des détentions illégales et des violations répétées des droits fondamentaux.
Dans leur démarche, les organisations plaignantes appellent explicitement les autorités belges à refuser toute forme d’ingérence liée à cette visite officielle, à suspendre toute coopération judiciaire dans ce contexte, et à intensifier les enquêtes portant sur des circuits financiers impliquant des responsables congolais.
Ce dossier met en lumière une réalité de plus en plus prégnante : l’exportation de tensions politiques et judiciaires africaines vers des juridictions européennes, où se jouent désormais des enjeux mêlant justice, diplomatie et souveraineté. Il pose également la question du rôle de pays comme la Belgique, historiquement liés à la RDC, dans le traitement de dossiers impliquant des élites politiques étrangères.
À ce stade, les faits mentionnés dans les documents relèvent d’allégations et de demandes d’enquête. Aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue. Toutefois, la nature des accusations, leur structuration juridique et la prise en compte du dossier par les autorités canadiennes confèrent à cette affaire une portée particulièrement sensible.
Entre Ottawa et Bruxelles, ce dossier pourrait rapidement évoluer en un test majeur de la capacité des institutions judiciaires à traiter des affaires transnationales impliquant des enjeux politiques de premier plan.
Les éléments présentés dans cet article sont issus de documents de plainte transmis aux autorités canadiennes et belges. Les faits évoqués relèvent d’allégations en cours d’examen et n’ont pas, à ce stade, fait l’objet de décisions judiciaires définitives.
📎 Documents officiels (sources judiciaires)
Opinion mondiale publie en exclusivité les documents transmis aux autorités judiciaires belges et canadiennes.




