Le Sud du Yémen : indépendance, stabilité et rempart contre l’extrémisme: Tribune de Isaac Hammouch


Le Sud du Yémen se trouve aujourd’hui à un tournant historique majeur, comparable à celui du 30 novembre 1967, lorsque le dernier soldat britannique quitta Aden, ouvrant la voie à la naissance d’un État sudiste souverain. Cet événement ne fut pas seulement la fin d’une domination coloniale, mais l’acte fondateur d’une identité nationale sudiste moderne, unifiée après des décennies de fragmentation politique et tribale.
Pour la première fois dans la péninsule Arabique, un État républicain fut dirigé par ses propres citoyens, capables de bâtir des institutions publiques, un système éducatif, des structures sanitaires et des forces de sécurité nationales. Malgré des moyens limités et un environnement régional complexe, le Sud démontra sa capacité à gouverner et à préserver une cohésion sociale réelle.


Une unité avortée et une rupture irréversible
L’unification avec le Nord en 1990, présentée comme un projet historique, s’est rapidement transformée en une relation asymétrique. La guerre de l’été 1994 a marqué une rupture définitive : l’écrasement militaire du Sud, la destruction de ses institutions et l’exclusion systématique de ses élites ont mis fin à toute illusion de partenariat équitable. Pour les populations du Sud, cette guerre fut vécue comme une seconde occupation, plus brutale encore que la précédente.
Depuis lors, marginalisation économique, confiscation des terres, effacement politique et répression ont nourri un profond sentiment d’injustice. C’est de cette réalité qu’est né, dès 2007, un mouvement populaire pacifique, suivi d’une résistance armée face à l’effondrement de l’État et à la montée des menaces sécuritaires.


Le retour du projet étatique sudiste
À partir de 2015, la libération des principales villes du Sud a ouvert une nouvelle phase. Les forces locales ont progressivement assuré la sécurité, repoussé les groupes extrémistes et rétabli un minimum de gouvernance. La structuration d’une représentation politique sudiste a permis de porter, sur la scène régionale et internationale, un projet clair : la restauration d’un État sudiste indépendant, viable et responsable.
Ce projet n’est ni idéologique ni nostalgique. Il repose sur un constat simple : aucune solution durable ne peut émerger tant que le Sud reste privé de son droit à l’autodétermination et à la gestion de ses propres ressources.


Hadramout : pilier stratégique et futur centre politique
Dans cette dynamique, la province du Hadramout occupe une place centrale. Par sa superficie, ses richesses énergétiques, son ouverture maritime et sa stabilité sociale relative, elle constitue le cœur géopolitique et économique du Sud. Les succès sécuritaires enregistrés dans ses villes et ses zones désertiques ont démontré qu’une administration locale forte peut contenir efficacement l’extrémisme.
Faire du Hadramout un centre politique ou une capitale administrative ne signifie pas marginaliser Aden, symbole historique et politique du Sud. Il s’agit au contraire d’un choix stratégique visant à équilibrer le développement, à déconcentrer le pouvoir et à renforcer l’unité territoriale.


Un rempart contre le terrorisme et l’expansion idéologique
L’existence d’un État sudiste stable représente aujourd’hui l’un des leviers les plus crédibles de lutte contre le terrorisme dans la région. Les groupes extrémistes prospèrent dans le chaos, les zones grises et l’absence d’autorité. Là où les forces sudistes ont imposé l’ordre, ces groupes ont reculé.
Parallèlement, le Sud joue un rôle essentiel dans la protection des voies maritimes internationales et dans la limitation de l’expansion d’idéologies radicales qui menacent non seulement le Yémen, mais l’ensemble de la région.


Ambiguïtés régionales et réalisme politique
Le positionnement de certains acteurs régionaux demeure marqué par une ambiguïté stratégique. D’un côté, le Sud est reconnu comme un partenaire sécuritaire incontournable. De l’autre, ses aspirations politiques sont souvent repoussées au nom de calculs géopolitiques à court terme. Or, l’expérience démontre que différer indéfiniment la question sudiste ne fait qu’alimenter l’instabilité.
Une paix durable ne peut être bâtie sur le déni de réalités populaires profondes. Deux entités stables, coopérantes et reconnues valent mieux qu’un État artificiel condamné à l’échec permanent.


Une revendication encadrée par le droit et le dialogue
Soutenir le droit du Sud du Yémen à retrouver une souveraineté politique ne signifie ni promouvoir la confrontation armée, ni nier la nécessité d’un cadre négocié. Toute évolution durable passe par un processus politique encadré, fondé sur le droit international, le consentement populaire et des garanties régionales.
L’autodétermination ne peut être réduite à un slogan. Elle suppose des institutions responsables, le respect des minorités, la coopération avec les voisins et l’inscription dans un ordre régional stable. En ce sens, reconnaître les aspirations sudistes ne constitue pas une menace pour la paix, mais une opportunité de la refonder sur des bases réalistes et durables.


Conclusion : l’heure du choix
Le Sud du Yémen n’est plus dans la phase des revendications symboliques. Il est entré dans celle de la construction politique et institutionnelle. Sa population a payé un prix humain considérable pour défendre sa dignité, sa sécurité et son avenir.
Reconnaître ce droit n’est pas une menace pour la stabilité régionale ; c’en est la condition. Un État sudiste responsable serait un partenaire fiable contre l’extrémisme, un garant de la sécurité maritime et un facteur de stabilité durable dans le sud de la péninsule Arabique. Refuser d’entendre cette réalité, c’est prolonger indéfiniment une crise dont les premières victimes demeurent les populations civiles.


Lahcen Isaac Hammouch est journaliste et écrivain belgo-marocain. Auteur de plusieurs ouvrages et tribunes, il s’intéresse aux enjeux de société, à la gouvernance et aux transformations du monde contemporain.

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