Cinq travailleurs indépendants ont engagé une plainte aux côtés de l’association Noyb contre Outlier, une plateforme exploitée par l’entreprise américaine Scale AI. Les plaignants contestent l’utilisation de leurs données personnelles et affirment que ces pratiques ne respectent pas les exigences du droit européen. Le dossier met en lumière un aspect moins visible de l’intelligence artificielle : le traitement des informations concernant les travailleurs qui alimentent, vérifient ou améliorent les systèmes utilisés par le secteur.
L’affaire vise une plateforme associée à l’économie des tâches numériques, où des indépendants interviennent pour effectuer des missions liées aux données et aux modèles d’IA. Dans ce type d’environnement, les informations permettant d’identifier les contributeurs, de suivre leur activité ou d’administrer leur relation avec la plateforme relèvent du cadre européen de protection des données lorsqu’elles concernent des personnes situées dans l’Union. Les plaignants reprochent à Outlier un usage de ces informations qu’ils jugent incompatible avec ces règles, sans que le contenu précis de la plainte ne soit détaillé publiquement dans les éléments disponibles.
Le cadre juridique central est le règlement général sur la protection des données, qui impose notamment la transparence du traitement, une base légale valable et le respect des droits des personnes concernées. Le statut d’indépendant ne retire pas ces protections : une entreprise qui collecte ou utilise des données personnelles doit pouvoir expliquer pourquoi elle le fait, pendant combien de temps et avec quelles garanties. C’est sur ce terrain que Noyb, organisation spécialisée dans les litiges liés au RGPD, accompagne les cinq travailleurs.
Au-delà du cas Outlier, cette plainte intervient dans un contexte où les chaînes de production de l’IA reposent sur une main-d’œuvre distribuée, souvent mobilisée à distance et via des plateformes. La question ne porte donc pas seulement sur la performance des modèles, mais aussi sur la gouvernance des données dans le travail numérique. Si les autorités compétentes examinent le dossier, leur appréciation pourrait contribuer à préciser les obligations applicables aux plateformes d’IA opérant auprès de travailleurs européens ou traitant leurs informations personnelles.




