Julian Mischi, sociologue spécialisé dans les milieux ruraux et ouvriers a récemment réinterrogé la manière dont la notion de « ruralité » structure les représentations des campagnes françaises. Dans un entretien accordé à Le Monde, il invite à dépasser une lecture culturelle et identitaire pour mieux saisir les enjeux sociaux qui traversent ces territoires.
Pour Julian Mischi, la mobilisation du concept de ruralité fonctionne souvent comme un écran qui masque des hiérarchies économiques et sociales persistantes. En plaçant le curseur sur des marqueurs culturels — attachement au territoire, modes de vie, identité — l’attention publique risque de s’éloigner des inégalités de revenus, des précarités d’emploi et des conditions de travail. Cette lecture culturelle, selon le sociologue, contribue à naturaliser des situations qui relèvent en réalité de rapports de classe.
Les conséquences de cette focalisation sont concrètes. Sur le plan politique, la mise en avant d’un imaginaire rural homogène peut orienter les discours et les stratégies électorales sans traiter les besoins matériels des habitants. Sur le plan administratif, elle influence la conception des politiques publiques, parfois conçues autour d’une image flatteuse des campagnes plutôt que des diagnostics socio-économiques. La distinction entre campagnes et villes, souligne le chercheur, ne doit pas occulter la diversité interne des territoires ni la présence de fractions populaires comparables à celles des zones urbaines.
Les travaux et l’analyse de Julian Mischi soulignent la nécessité d’une approche qui combine géographie sociale et étude des classes sociales. Revenir aux données sur l’emploi, les trajectoires professionnelles et l’accès aux services publics permettrait de mieux orienter les interventions locales et nationales. Au-delà d’un simple réajustement terminologique, il s’agit de replacer la question sociale au centre des débats sur les campagnes afin d’élaborer des réponses plus ciblées et plus effectives.



