Tant d’article ont été écrits sur le sujet de la « guerre Iran – Etats-Unis » débutée par les frappes du 28 février 2026, qu’un de plus n’apporterait rien, si ce n’est dans l’hypothèse d’un arrêt ou d’une suspension du conflit en exposant les coulisses de la réalité visible, celle d’un cessez-le-feu décidé le 7 avril 2026 environ une heure avant la destruction majeure annoncée par le président américain.
Le motif de la guerre mis en avant n’est pas tant la libération du peuple iranien que la « pseudo menace nucléaire », brandie par Israël depuis …1990, les Etats-Unis ayant épousé cette thèse de leur éternel allié régional. Que cette réalité soit prouvée ou pas, l’Etat hébreux ne veut pas d’un voisin détenteur de « la bombe », qui a décidé la non reconnaissance de l’Etat d’Israël en 1979. Et les Etats-Unis non plus.
Cela dit, cet argument de guerre manquerait de preuve, comme l’a écrit le New York Times, qui conteste l’existence d’un danger de ce type. De son côté, l’Iran des Mollah, régime certes sanguinaire, ne prétend pas renoncer à son programme d’enrichissement d’uranium civil, notamment en matière de …santé.
Reste l’argument du soutien actif de la république islamique d’Iran à ses proxys, à savoir, le Hezbollah libanais, les Houthis yéménites, des factions armées chiites irakiennes, des milices syriennes ou même, plus singulièrement, le Hamas et le Djihad islamique prônant la suprématie de la charia sur les lois civiles des Etats. Ce soutien est bien réel et inquiète bien des démocraties libérales ou les pays du Golfe désireux d’entretenir de meilleures relations avec leurs partenaires libéraux ou non assujettis à cet islamisme liberticide.
Quoiqu’il en soit, aucune des frappes de quelque partie au conflit que ce soit n’a été autorisée par le Conseil de Sécurité de l’ONU, mais chaque partie invoque le principe de légitime défense pour bombarder. Et Israël se réfugie derrière la Résolution 1701 pour frapper au Liban, Résolution que la branche armée du Hezbollah n’a jamais respectée.
1. Pourquoi une trêve ?
L’arrêt provisoire de la guerre contre l’Iran est dû à un étau qui enserrait le président Trump, de l’extérieur et de l’intérieur, et, faut-il l’admettre, à une tension interne en Iran qui eut pu conduire à un effondrement du régime à la faveur de la population.
Avant de l’analyser, notons qu’après un délai de 90 jours après le déclenchement de l’attaque du 28 février 2026, le président des États-Unis devra disposer de l’aval du Congrès pour les opérations militaires engagées. Rien n’est moins acquis.
Quant à l’étau, il est extérieur, s’agissant du dérapage humiliant en accélération tant économique que militaire, et intérieur, s’agissant de la sanction politique potentielle à brève échéance, vu notamment les déclarations et les sondages des élections de mi-mandat en approche aux États-Unis.
En ce qui concerne l’Iran, l’alignement des planètes en coulisses était devenu parfait par nécessité pour un cessez-le-feu avec les Etats-Unis. Mais pas sans contrepartie financière sérieuse, et pas sans que l’Iran puisse continuer son soutien surtout au Hezbollah.
Un reportage de la chaîne d’opposition « Iran International » a révélé le 29 mars 2026 qu’il existait des tensions inhabituelles au sommet de l’État iranien, à savoir une confrontation directe entre le président iranien Massoud Pezeshkian et le commandant des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi. Au cœur du conflit : la manière du déroulé de la guerre est menée et le lourd tribut qu’elle impose à une économie iranienne déjà fragile. Selon ce reportage, Pezeshkian a dénoncé avec véhémence la poursuite des attaques iraniennes contre les pays du Golfe et avertit que, sans cessez-le-feu immédiat, l’économie pourrait s’effondrer en quelques semaines. Cette crise interne entre les sphères politiques et militaires aurait pu dégénérer et menacer la stabilité du régime.
Et donc pourquoi ne pas poursuivre un peu…juste un peu…et tuer la République islamique par la patience ? Parce que les Etats-Unis ne pouvaient se le permettre, surtout le président Donald Trump, en position de plus en plus délicate à titre personnel. Le temps pressait pour apaiser les opinions et les marchés. Et le temps pressait pour les Mollah, qui voyaient leur avenir s’assombrir.
En bref, tant pour les Etats-Unis que que pour l’Iran, il fallait une pause, ou autrement dit, une trêve, ce qui ne se concevait pas sans laisser paraître, tout en ne les confirmant pas trop vite côté iranien, la tenue de « négociations ». Et chaque partie de faire valoir son cahier de conditions, sa liste de points, les deux se recoupant, mais n’étant pas comparables ni totalement compatibles. Le risque d’un échec existe, mais les intérêts économiques peuvent l’emporter.
Le droit international ne l’interdit pas, puisqu’il se construit par la coutume, les principes de droit, et la doctrine évolutive pragmatique qui tient compte de la souveraineté des Etats et donc de leur consentement.
2. Aspect extérieur:
L’explosion mondiale de cette guerre, annoncée comme soi-disant courte, a largement dépassé les prévisions politiques de l’entourage présidentiel américain, même si certains dont de hauts responsables militaires ont tenté d’avertir Trump, en vain. Le président avait son objectif, non sans affairisme. On le verra dans l’avenir, avec les taxes d’Ormuz, et, la vente possible aux Etats-Unis du pétrole iranien. Les Etats-Unis y trouveront-ils avantage ?
Les conséquences économiques des frappes réciproques devenaient ingérables pour l’économie mondiale en termes de répercussions diverses.
On pense notamment aux effets du blocage quasi total du détroit d’Ormuz par missiles, mines et menaces, sans parler des taxes de deux millions de dollars par navire pour certains armateurs, sans compter les destructions. Imaginons que ce soit pareil pour le détroit de Gibraltar entre le Maroc et l’Espagne ou pour le passage de la Manche entre le Royaume-Uni et la Belgique ! On en rirait. Et pourtant, ce qui se décide en coulisses semble aller dans cette direction…
Ce problème du détroit d’Ormuz ne concerne pas que l’acheminement du pétrole mais aussi d’autres matières premières distribuées dans le monde comme des éléments entrant dans la composition d’autres produits industriels. En outre, les 2/3 des aliments consommés dans les États du Golfe sont importés via le détroit. Le tout est essentiel au fonctionnement du monde entier à des degrés divers.
Les pays du Golfe, assurés par avance, d’être protégés sous bouclier américain sûr, ne l’étaient pas vraiment. Certaines frappes leur ont fait très mal.
De part et d’autre, il devrait être interdit de bombarder des sites dont le produit provient d’une ressource universelle nécessaire à l’humanité: gaz, pétrole.
La supériorité militaire technologique américaine s’est heurtée à la force de la ruse datant de la nuit des temps, et, à une ténacité inattendue de la part d’un régime pourtant connu et décortiqué par les analystes de la CIA dont des éléments sont sur place depuis un moment aux côtés de ceux du Mossad, présents depuis fort longtemps.
Les forces américaines se sont révélées impressionnantes par le nombre de bombes et leur logistique inégalée, mais assez inefficaces devant la profondeur des caches, la mobilité des lanceurs et l’adn des forces d’un régime sans âme. Même en calculant le total de cibles atteintes. Et même si ponctuellement on a pu assister à une opération brillante de compétence des Navy Seals Team 6 pour sauver un précieux colonel navigateur commandant de groupe de mission au moyen de centaines d’hommes et d’avions.
L’image des États-Unis en prenait un coup, mais la pause « négociations » n’a pas encore engendré une vraie paix définitive.
Et puis quid du peuple iranien broyé par le régime ? Des femmes, de l’avenir de la survie d’une population qui manque de tout, dont d’eau.
Les autres nations de la communauté internationale n’étaient en outre pas unanimes derrière les Américains. Certains pays européens ont interdit les survols de leur territoire par les avions militaires US. D’autres ont refusé de se rendre sur place pour dégager Ormuz.
Les eaux y sont pour partie territoriales de l’Iran et pour partie du sultanat d’Oman, et pas constitutives d’une zone de haute mer relevant du statut d’eaux internationales. Le droit maritime international et la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) régissent ce passage. Un droit de passage inoffensif est accordé, enfin, l’était.
3. Aspect intérieur.
L’impopularité grandissait aux États-Unis au regard de cette intervention de plus en plus incertaine, car mal préparée, et, de plus en plus coûteuse devant les ripostes et les actions de l’Iran. Certains ont même feint d’être surpris de la portée des missiles iraniens déjà connus. Étrange politique.
Cette impopularité s’est traduite par une certaine hostilité discrète, ou publique, émanant de certains généraux américains, d’ordinaire silencieux. D’aucuns ont été démissionnés. D’autres pas. Le SACEUR s’est exprimé, appelant la veille de l’échéance d’un ultimatum auquel peu croyaient, à la désobéissance envers les ordres du président. Il est vrai que les officiers prêtent serment d’obéissance à la Constitution et pas au président, même s’il est le commandant en chef des armées.
Impopularité également auprès d’un nombre croissant d’élus, y compris Républicains, appelant à bloquer Trump soit par la loi, aussi vite que possible, soit en évoquant une procédure en destitution. Le comble de l’humiliation pour un président américain ou autre.
4. En résumé :
Le président n’a pas voulu entendre que le régime des Mollah résisterait si bien, au point d’être jusqu’au-boutiste et suicidaire. C’est aussi cela le chiisme revu et corrigé par feu l’ayatollah Khomeini dès 1979, même et surtout menacé de mort.
En 2026, l’Iran a tenu tête aux États-Unis. Le régime iranien se prépare depuis presque un demi- siècle. Il a multiplié les précautions, les systèmes de ruses, les armements dissimulés, les réserves cachées, et même des villes militaires souterraines.
Les États-Unis se sont laissés embarquer par le cabinet israélien, qui a ouvert les hostilités, pour des motifs qui lui sont propres: redessiner la géopolitique régionale au Proche-Orient. Israël a multiplié les fronts.
L’oncle Sam a été dépassé, faute de capacité de clairvoyance et de gestion satisfaisante des guerres asymétriques. Sur ce point, l’Histoire le démontre, que ce soit au Viêtnam ou en Afghanistan.
Et dans toute cette opération, le bonheur d’un seul peuple y a-t-il gagné quelque chose ? Non. Le peuple iranien demeure sous la coupe de ses bourreaux fous, corrompus et sanguinaires. Et la cause des femmes qui avançait est-elle plus entendue ? Non.
Et une des dernières déclarations du président Trump a été de menacer de « faire disparaître une civilisation ». On se croirait en plein cauchemar.
Quel gâchis! Et on se complaît à mettre en avant des progrès dans des « négociations » au sujet du programme nucléaire iranien, qui n’était plus inquiétant, et au sujet du détroit d’Ormuz qui était ouvert. Il n’est pas exclu que, selon le président Trump, une cogestion, un partenariat économique, voit le jour au sujet des taxes d’Ormuz, entre l’Iran, Oman, et les Etats-Unis. Un comble pour le commerce international.
La géopolitique internationale est parfois bien étrange. Elle répond à des règles où la planète devient un terrain de pouvoir, de puissance et d’intérêt supérieur des Etats, et où, le bonheur des peuples passe à l’arrière-plan.
En réalité, toutes les parties se sont assez vite aperçues que cette guerre en ses conséquences économiques ne pouvait durer.
Tant pis pour le peuple iranien? Il devra se libérer seul, enfin presque. Des services spéciaux de déstabilisation sont à l’œuvre sur le terrain. Mais est-ce suffisant devant la terreur ?
Si les négociations échouent, quid de la reprise des combats, sous quelle forme, avec quels dégâts et conséquences ? La volonté est-elle de s’accorder, sans trop se soucier de la liberté du peuple de la grande Perse qui a cru en un régime, ou, de reprendre les hostilités avec ses effets financiers et commerciaux inquiétants pour beaucoup de personnes ailleurs dans le monde ? Un drame à suivre.
Philippe Liénard Avocat honoraire- Ancien magistrat Consultant UE. Professeur de droit international public.



