Par Isaac Hammouch
La récente visite à Washington d’une délégation du Front Polisario, conduite par Mohamed Yeslam Beissat, aura agi comme un révélateur brutal de l’état réel du rapport de forces diplomatique autour du dossier du Sahara occidental. Présentée officiellement comme une tentative de dialogue constructif autour du plan d’autonomie, cette initiative s’est en réalité soldée par un rappel ferme, presque pédagogique, des lignes désormais arrêtées par les grandes puissances internationales.
Loin de marquer une avancée, cette visite a surtout confirmé l’écart grandissant entre le discours figé du mouvement séparatiste et l’évolution profonde du cadre diplomatique onusien et occidental. À Washington, les représentants du Polisario ont découvert — ou feint de découvrir — que certaines options qu’ils continuent de brandir relèvent désormais davantage de l’archive diplomatique que de l’agenda politique contemporain.
Une démarche sous tutelle algérienne de plus en plus visible
Le contexte logistique et politique de cette visite est en soi lourd de sens. Le fait que la délégation ait voyagé à bord d’un avion officiel algérien souligne, une fois de plus, le rôle structurant de Algérie dans la gestion et l’orientation stratégique du Polisario. Malgré les dénégations répétées d’Alger, cette implication directe alimente un constat désormais largement partagé dans les cercles diplomatiques : le mouvement séparatiste ne dispose que d’une marge de manœuvre extrêmement limitée et agit essentiellement comme un instrument d’une stratégie régionale algérienne.
À Washington, cette dépendance s’est traduite par une posture rigide et peu réaliste. La délégation a tenté de remettre sur la table des revendications classiques — référendum d’autodétermination, indépendance — qui ne correspondent plus aux équilibres diplomatiques actuels. Une telle insistance témoigne moins d’une stratégie de négociation que d’une incapacité à intégrer l’évolution du cadre international et des rapports de force régionaux.
Washington rappelle sans ambiguïté le cadre onusien
Face à ces revendications, la réaction américaine a été claire, ferme et sans équivoque. Les représentants du Polisario ont été renvoyés au cadre strictement défini par le Conseil de sécurité de l’ONU, et plus précisément par la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025.
Cette résolution marque une étape importante dans l’évolution du dossier. Elle renouvelle le mandat de la MINURSO tout en consacrant explicitement le plan marocain d’autonomie comme la base la plus sérieuse, crédible et réaliste pour parvenir à un règlement politique durable. Surtout, elle s’inscrit dans la continuité de la reconnaissance, par les États-Unis, sous l’administration de Donald Trump, de la souveraineté du Maroc sur son Sahara.
Autrement dit, Washington n’a pas cherché à ménager des ambiguïtés diplomatiques. Le message adressé au Polisario — et indirectement à Alger — est limpide : le cadre est fixé, les options sont connues, et toute tentative de retour en arrière est vouée à l’échec.
L’impasse stratégique persistante d’Alger
Le retour rapide de la délégation à Alger, accompagné de déclarations vagues évoquant une phase de « réflexion » et de consultations ultérieures, illustre l’essoufflement manifeste d’une stratégie algérienne fondée sur l’obstruction et le gel du conflit. En cherchant à prolonger indéfiniment une situation d’impasse, Alger semble avant tout vouloir empêcher l’émergence d’un règlement définitif, quitte à s’isoler progressivement sur la scène internationale.
Cette posture apparaît de plus en plus contre-productive. Le soutien international au plan d’autonomie marocain s’est élargi de manière significative ces dernières années, y compris en Europe, en Afrique et dans le monde arabe. À l’inverse, la stratégie algérienne peine à convaincre au-delà de cercles diplomatiques de plus en plus restreints, souvent marqués par la prudence ou l’abstention.
Un rapport de forces désormais assumé
Pour Rabat, cette séquence diplomatique n’a rien d’exceptionnel. Elle confirme une dynamique de fond, construite patiemment au fil des années, reposant sur le réalisme politique, la stabilité régionale et une vision pragmatique de l’intégration économique et du développement local. Le plan d’autonomie, loin d’être une concession tactique, s’impose aujourd’hui comme l’unique issue crédible à un conflit artificiellement prolongé depuis plusieurs décennies.
À Washington comme dans d’autres capitales influentes, le message est désormais clair : le temps des ambiguïtés est révolu. Les tentatives de manœuvre, de diversion ou de blocage ne sauraient remplacer une solution politique sérieuse, conforme aux réalités géopolitiques actuelles et aux attentes de stabilité dans une région déjà fortement exposée aux tensions.



